On est déjà mi-octobre, et vous n'avez toujours pas eu de compte-rendu de nos vacances aoutiennes dans le far-west. On imagine sans mal l'état de stress et d'impatience qui doit être le votre actuellement et nous nous excusons si ce suspense a causé quelques suées, quelques brûlures d'estomac ou quelques faiblesses neurologiques. On s'exile et on participe au trou de la sécu, quelle honte !

Afin de mettre un terme à cette situation, voici un aperçu en trois points de comment se sont passées ces vacances proches de la perfection.

I-Les étendues désertiques, infinies et picturesques de l'Utah

Après un atterrissage à Grand-Junction, Colorado, nous avons mis le cap vers Moab, Utah, plus grande ville du sud-est de l'état avec environ 5000 habitants, connue de vététistes extrêmes et des amoureux des arches et canyons creusés dans l'épaisse couche de dépots sédimentaires de sandstone (littéralement pierre de sable). Deux parcs nationaux (Canyonland et Arches National Park) et un "state park" (Dead Horse Point; state signifiant que la gestion dépend de l'état, ici l'Utah, et non du gouvernement fédéral) se situent en effet à proximité directe de la ville. Pour vous donner une idée de l'échelle, le plus grand de ces parcs, Canyonland, s'étend sur 1365 km², soit environ le Val-d'Oise, plus de deux fois le Territoire de Belfort ! Le tout sans un seul habitant ! Autant vous dire que la visite exclusivement pédestre est difficilement envisageable. Nous avons donc alterné la voiture, le 4x4 et le sac à dos pour vous ramener les images suivantes :

IMG_1326Une des arches de Arches National Park

IMG_1386Où est Géraldine ?

IMG_1404Où est le 4x4 ?

IMG_1433Comme Indiana Jones !

IMG_1445Les aventuriers

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Oui, c'est vraiment grand

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Bivouac et réveil seuls au fond d'un canyon ; magique !

II-Yeeepeeee !

Indissociables du Far-West, les cowboys ont également baroudé, en leur temps, autour de Moab. Cette partie de l'Utah était même particulièrement réputée auprès des hors-la-loi comme un havre de paix où les shériffs n'osaient pas s'aventurer (sans une bonne connaissance de l'emplacement des points d'eau la survie était difficile). Aujourd'hui les cowboys se font plus rares, mais qu'à cela ne tienne, on s'y est collés !

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Visite du fort des colons mormons de Bluff, Utah

IMG_1848Dans Monument Valley chevaucher,

Face au soleil couchant s'en aller,

Les mustangs sauvages chasser,

Et au galop chuter,

C'est coché !

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Silver Town, Colorado, ou l'immersion Western

IMG_2058Visite d'une mine d'or abandonnée

(on a cru en trouver, mais ce n'était que de la pyrite paraît-il)

III-Et les indiens dans tout ça ?

En Utah, Arizona et Colorado, les trois états que l'on a traversé, vivent de nos jours deux tribus indiennes : les Navajos, historiquement des guerriers-chasseurs nomades, et les Hopis, fermiers et sédentaires. Point commun : la misère. Quand on entre en territoire Navajo, on n'a plus du tout l'impression d'être sur le sol de la première puissance économique mondiale : routes en mauvais état, rarement goudronnées, maisons de tôle dont peu ont l'eau courante. Les quelques indiens qu'on a rencontré, à l'instar de notre guide équestre, gardent néanmoins une grande fierté d'appartenir à ce peuple : la langue perdure, ainsi que de nombreuses croyances et traditions. Durant notre chevauchée on a pu découvrir qu'aujourd'hui encore, avant d'aller voir le médecin, et sauf urgence, la première visite en cas de souci de santé est pour l'homme médecine. Et que chaque plante a une utilisation : médicament, nourriture, produits de beauté. Construction également, puisque l'habitat traditionnel Navajo n'est pas le tipi mais le hogan, sorte de hutte en bois et terre. A part quelques irréductibles personnes agées, les hogans ne servent désormais plus qu'aux touristes ; comme nous !

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"Notre" Hogan

Bien avant l'arrivée de Christophe et des autres visages pâles, un autre peuple habitait ces contrées arides, au 12 et 13ème siècles notamment : Les Anasazis, probables ancêtres des Hopis actuels. Fermiers et sédentaires eux aussi, ils vivaient dans des villages (pueblos) d'abord situés sur les plateaux (mesas). Mais au début/milieu du 13ème siècle, une migration généralisée se produisît, un peu partout dans la région : les villages des plateaux furent abandonnés et d'autres villages furent construits dans les alcôves, sortes de grottes naturelles dans le flanc des falaises des canyons. Les raisons supposées de cette migration sont (1) une démographie croissante, qui nécessitait d'utiliser toutes la surface agricole disponible. Surtout que dans ces paysages les rendements devaient être plus que limités. Et (2) une quelconque menace (les ancêtres des Navajos ?) nécessitant de s'installer dans des lieux à l'accessibilité plus difficile.

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Des ruines de pueblos SUR les mesas

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Des ruines de pueblos dans les alcôves (non ce ne sont pas des maquettes)

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L'Art Anasazi

a gauche : poutres et décorations d'intérieur d'époque

a droite : l'Anasazi mégalo qui prétend avoir chassé un bison géant

La raison de la migration dans les alcôves est mystérieuse. Mais celle de la disparition simultanée de la population de tous les villages autour de l'an 1280, soit la disparition de la civilisation Anasazi dans son ensemble, l'est encore plus. On arrive à dater assez précisément les constructions, par dendrochronologie des poutres des bâtiments. Et alors que la construction s'est poursuivie jusqu'aux environs de cette date, après, plus rien. Plus aucune évidence d'occupation. Les hypothèses avancées pour expliquer cette disparition sont : (1) 20 années de sécheresse consécutives alors même que la population avait atteint un nombre important, tout juste soutenable, (2) une mini-période glaciaire qui causa une épidémie de peste en Europe et peut-être quelque chose d'équivalent en Amérique du Nord, et/ou (3) l'arrivée de nouveaux ennemis (les ancêtres des Navajos ?). Quand les archéologues posent la question aux Hopis, ils répondent que leur religion est orientée vers la recherche du centre du monde, qui se reconnaitra par la qualité de vie qu'ils y trouveront. Leurs ancêtres, après des siècles à cultiver les mesas, ont vécu une succession de mauvaises années, prouvant ainsi que la quête n'était point terminée. Tout le monde partit, donc, et inutile de revenir lorsque le climat redevint favorable, l'expérience ayant prouvée que le centre de la terre était ailleurs. Et ça c'est bon à savoir !

Pour terminer, vous pouvez retrouver les photos de ce post et d'autres de notre périple ici : https://picasaweb.google.com/114125108036310923153/FarWest?authuser=0&authkey=Gv1sRgCKb71dLOhtToeg&feat=directlink